Comancheria, l’appel du Texas

Et si pour rembourser un prêt vous dévalisiez la banque qui vous a prêté l’argent ? Un film qui sent bon les plaines texanes, les règlements de compte et les hors la loi… Un polar tendu, un western crépusculaire, un drame fraternel, un thriller hargneux, une comédie hilarante… Comancheria est plein de choses, mais surtout une merveille à voir sans plus attendre !

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Le synopsis officiel : Après la mort de leur mère, deux frères organisent une série de braquages, visant uniquement les agences d’une même banque. Ils n’ont que quelques jours pour éviter la saisie de leur propriété familiale, et comptent rembourser la banque avec son propre argent. À leurs trousses, un ranger bientôt à la retraite et son adjoint, bien décidés à les arrêter.

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Ce western policier démarre dès les premières minutes du film en nous immergeant dans le premier braquage des deux frères. Pas d’explication, pas d’introduction, le pourquoi du comment ils se retrouvent a braquer des banques viendra après. Dès le départ les dialogues sont rythmés et les échanges vifs et teintés d’humour, on accroche direct.

Ici on est plongé au coeur du Texas de l’ouest, chez les Cow-Boys et les Comanches. Dans des patelins paumés et presques vides où on se demande comment les gens font pour vivre et gagner leur vie. C’est l’état des ranchs, des troupeaux de bétail et des casinos indiens. Les Rangers font régner l’ordre au volant d’un pick up. C’est l’Amérique profonde qui nous emmène avec elle. Les décors naturels du film sont saisissant et traduisent l’atmosphère de cette partie de l’Amérique. On se sent dans un état à part où le port d’arme est légal et où les civils peuvent faire leur propre loi. Le réalisateur joue aussi sur les clichés : soleil de plomb, patelin paumé, deux Texas Rangers qui se vannent sur leurs origines ou leur âge. Bien servis.

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Un western d’actualité sur fond d’injustice sociale, sévère, impitoyable qui pointe du doigt cette Amérique à deux vitesses. Deux frères dont la mère vient de mourir sont pris à la gorge : ils doivent rembourser au plus vite un prêt colossal, sinon la ferme familiale sera saisie. C’est en fait la triste réalité des emprunts américains où pour un ridicule prêt de 25 000$, les frangins doivent rembourser presque 50 000$ ou le ranch et les terres seront saisis. On nous fait voir cette Amérique écrabouillée par la crise de 2008, désespérée par le système et prise à la gorge. Mais pas que, on sera aussi touché par la belle mais rapide leçon du ranger Comanche sur la dépossession des Indiens : « Il y a cent cinquante ans, tout ça était la terre de mes ancêtres… jusqu’à ce que les grands-parents de ces gens la leur prennent. Et maintenant, d’autres la leur prennent. Sauf que cette fois, c’est pas une armée, ce sont ces fils de pute là-bas », murmure l’adjoint en désignant la banque visée par les frères.

Mais les considérations politiques et sociales n’empèchent pas  l’adrénaline des scènes d’action et la drôlerie des situations.

Comancheria c’est deux histoires croisées, deux duos attachants. D’un côté le duo fraternel plein de fougue, de maladresse cocasse qui lutte contre la montre pour rembourser les banques. De l’autre, le duo de rangers composé du vieux raciste et moraliste bientôt à la retraite et de son collègue, moitié comanche, moitié mexicain.

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Thriller bourru aux fusillades parfois sanglantes et aux dialogues cinglants où les protagonistes ne sont ni bons ni méchants à 100 %. Le scénario est impeccable, signé de Taylor Sheridan (Sicario), l’empathie est finement ­dosée pour tous les personnages. On s’attache. Le film est une chronique poignante et juste de l’Amérique égarée. Un futur classique aux infinis degrés de lecture. Comancheria c’estun buddy movie tragi-comique, une chronique familiale sur le poids des racines, un portrait acéré des mentalités texanes, une radiographie de l’agonie d’une certaine Amérique et peut-être le premier vrai western ancré dans notre époque, dans l’Amérique de laissés-pour-compte.

Le mot du cinéaste britannique David Mackenzie :  « Ce qui m’a intéressé dans ce projet, c’est qu’il met en scène ce que j’appelle la ‘criminalité rédemptrice’, autrement dit, il s’attache à des personnages honnêtes qui transgressent la loi pour des raisons légitimes. C’est aussi un croisement très rare entre le western, la comédie, le film de braquage et le road-movie. »

Pourquoi ce titre ? La comancheria est le nom donné à la région habitée par les Comanches avant 1860. Elle englobe l’actuel Etat du Nouveau-Mexique, l’ouest du Texas et d’autres territoires. Indiens, Latinos et Texans y cohabitent aujourd’hui. Beaucoup y souffrent de la pauvreté et d’une criminalité toujours plus impitoyable liée à la drogue ( c’était la minute culturelle ). De nombreux figurants sont en réalité des vrais habitants du Nouveau Mexique.

Côté bande-son, le tandem Nick Cave & Warren Ellis signe leur première collaboration pour le réalisateur anglais David Mackenzie. Leur partition instrumentale folk-country est en cohérence avec les titres existants. On est sur de la musique country mais aussi de belles instrus qui vous transportent et se marient à merveille avec les paysages désertique du Texas.

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Brillant sur le fond comme sur la forme, Comancheria est une claque a laquelle on ne s’attend pas !

 

Comancheria : Fiche technique

Titre original : Hell or High Water
Réalisation : David Mackenzie
Scénario : Taylor Sheridan
Interprétation : Jeff Bridges, Chris Pine, Ben Foster, Gil Birmingham
Photographie : Giles Nuttgens
Montage : Jake Roberts
Musique : Warren Ellis, Nick Cave
Production : Sidney Kimmel, Julie Yorn, Peter Berg
Société de production : Sidney Kimmel Entertainment, Film 44
Distributeur : CBS Films
Durée : 102 minutes
Genre : Western
Date de sortie : 7 septembre 2016
États Unis – 2016

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