Et si le Stade m’était conté …

À Marseille, il y a deux choses essentielles pour tout vrai Marseillais qui se respecte. L’OM et la Bonne Mère. Mais que serait l’OM sans son mythique stade Vélodrome ? Aujourd’hui l’enceinte est en pleine transformation. Mais il a une histoire à nous conter. Et quoi de mieux qu’un vrai grand père marseillais pour s’en charger.

 

Le stade vélodrome - cliché d'époque

Le stade vélodrome – cliché d’époque

Antoine est un fan de l’OM de la grande époque et ce jour là sur le Prado, il regarde la transformation du vélodrome d’un air nostalgique. «Sais-tu, mon petit que le Vélodrome accueille les matches de l’OM depuis 1937 ? Avant, les Olympiens se produisaient dans le stade de l’Huveaune, propriété de l’Olympique de Marseille.»

Je demande à Antoine de me conter le stade, depuis ses débuts. Il commence alors son récit avec un plaisir non dissimulé.

« La ville de Marseille souhaitait, à la fin des années 20, ériger un stade municipal. En 1935, l’architecte parisien Henri Ploquin, propose à la construction un stade olympique comprenant une piste et un palais des sports. Tu te rends compte « minotte » que c’est un parisien qui a dessiné le stade ! Enfin bref, bien sur on avait pas les sous alors on a fait ça à l’économie, on a fait que le stade. Le 28 avril 1935, le maire a posé la première pierre, sur les ruines des anciennes usines automobiles Turcat-Méry.

Le stade Vélodrome fut inauguré le 13 juin 1937 devant près de trente mille spectateurs. je m’en souviens encore, j’étais minot ! J’étais impressionné ! C’était un sacré événement ! Ils avaient pour l’occasion organisé une grande journée sportive avec de l’athlétisme et une course cycliste. Ils avaient même organisé match amical entre l’Olympique de Marseille et les Italiens du Torino Football Club. L’OM à gagné… Émile Zermani est le premier footballeur à marquer un but dans le Stade.

Au début on organisait au Stade Vélodrome des compétitions cyclistes. C’est de là que lui vient son nom. C’était un stade multi-sports. Peu à peu, les gradins ont « grignoté » la piste cyclable. Les quatre tribunes portent des noms de sportifs (le coureur à pied Jean Bouin, le cycliste Gustave Ganay), d’une figure historique de la peste de 1720 (Virage Sud Chevalier Roze), mais aussi d’un supporter charismatique mort en 2000 (Virage Nord Patrice De Peretti).

Au début les Marseillais n’adoptaient pas si facilement le tout nouveau stade, tu comprends, c’était le « stade de la mairie ». Pour les habitants, le vrai stade de l’OM c’était le stade de l’Huveaune. Les supporters avaient même financés la construction des tribunes au début des années 1920. Mon père y avait mis quelques sous, ça avait rendu ma mère folle de rage ! »

 

La seconde Guerre et l’après guerre

 

« Comme prévu, le Vélodrome accueille certains matchs de la Coupe du monde de football de 1938. Mais le football n’y était pas le seul sport pratiqué : les marseillais ont pu y voir du football américain, du hockey sur gazon et même des parties de tennis sur gazon.

Pendant la Seconde Guerre mondiale et malgré les réquisitions régulières des armées françaises, allemandes puis américaines, les compétitions sportives continuaient. Il y a même eu un match de baseball joué par les troupes américaines à la Libération. Tout un symbole ! On y a assisté avec les collègues, même si on comprenait rien à ce sport !

Après la guerre, l’OM partageait le stade avec le Marseille XIII Rugby League de Jean Dop. Y’a eu du monde dans ce stade tu sais minotte : Marcel Serdan pour la boxe, les Harlem Globetrotters en 1951, une ronde de Formule 1 en 1953, les samedis cyclistes animés par Payan (cycliste), des arrivées du Tour de France cycliste, de l’athlétisme…

Autour, Marseille se developpait avec la construction de l’unité d’habitation de la Cité radieuse, la tour de France 3 Méditerranée.

Puis en 1965 il y a eu le scandale ! Marcel Leclerc, le nouveau propriétaire de l’Olympique qui etait alors en deuxième division, s’est opposé à Gaston Defferre. Il avait décidé de quitter le stade Vélodrome tant que ses exigences n’étaient pas satisfaites. Il réclamait une subvention annuelle fixe, une baisse des taxes et la suppression du loyer payé par le club à la municipalité. Il lui avait même écrit « Marseille, c’est Chicago* » (*ville des États-Unis ayant connu de nombreuses affaires de corruption).

Le stade était donc inoccupé, et la Mairie a fini par céder un an plus tard. Cette même année le siège de l’OM qui était place Félix-Baret est transféré au Vélodrome. »

 

« C’est pas les premiers travaux que je vois minotte »

 

« La première fois qu’ils ont rafraîchi le stade c’était en 1970. Rien de spectaculaire, ils avaient juste remplacé les projecteurs des tribunes Ganay et Jean Bouin pour les événements nocturnes. Puis en 1971, ils ont ajouté 6 000 places assises. Ça avait entraîné la réduction de la piste cyclable et la disparition de la piste d’athlétisme. Le Vélodrome avait donc 55 000 places en comptant les places debout. Après ils ont aussi fait des travaux au début des années 1980 en vue du Championnat d’Europe de football de 1984. Du coup l’OM était retourné au stade de l’Huveaune.

Bernard Tapie devient président de l’OM en 1985. C’est lui qui a décidé de supprimer la piste cyclable et réaménager les deux virages. Le stade n’était dès lors plus multi-sports. Ils ont construit la même année la ligne 2 du métro de Marseille pour aller au stade. Tu vois j’ai pas alzeimer, minotte, je me souviens de tout ! 

Après, ils ont fait une grosse rénovation pour la Coupe du monde 1998. Il fallait que le stade atteigne les 60 000 places assises. C’est là qu’ils ont construit tous les gradins. À l’époque on parlait de 32km de gradins, tu imagines « petite ». Du coup en février 1996, ils ont fait une cérémonie au cours de laquelle d’anciens joueurs du club comme que Jean-Pierre Papin ou Mario Zatelli ont laissé leurs empreintes sur des dalles de ciment. Je crois qu’elles sont au Musée boutique de l’OM maintenant. Ils ont même vendu les morceaux de tribunes détruites. Et moi, comme un couillon, j’en ai acheté un. À l’époque on était pas content que le nouveau stade n’ai pas de toit, et on le trouvait trop grand. Y’a même ce gars, attend voir… Rolland Courbis ! il a surnommé le stade  « l’Enrhumeur ». Et oui minotte, y avais aucun écho et on y prenait toujours froid ! »

 

Les nouveaux travaux

 

« On a souvent parlé de couvrir le stade ou de l’agrandir. Mais tu sais qu’à Marseille on parle beaucoup. C’est grâce à la candidature de la France à l’organisation du Championnat d’Europe de football de 2016 que Marseille a du revoir son stade. Le cahier des charges de l’UEFA impose une rénovation majeure du stade.»

Antoine contemple le Vélodrome en travaux silencieux.

« Faut que je rentre sinon ma Lucienne va me disputer. La suite minotte, tu la connais. Les travaux, les nouvelles polémiques, tout ça c’est juste l’histoire qui se répète. »

 

 

 

Julie Viboud

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s